#5 : LE PANACHE DE VOECKLER.

Mercredi 11 juillet, 10e étape du Tour de France. Au lendemain de la première journée de repos, la grande boucle emprunte pour la première fois les pentes du terrible Grand-Colombier. Mais le sommet est assez loin de l’arrivée et malgré deux autres cols, c’est une journée destinée aux baroudeurs – sachant grimper, quand même. Pas étonnant donc de retrouver dans le bon coup du jour Thomas Voeckler, Michele Scarponi, Luis Leon Sanchez, Jens Voigt ou Dries Devenyns. Ces cinq-là sont encore ensemble à quelques kilomètres de l’arrivée ; et pour se départager, il ne leur reste plus que les 3 000 derniers mètres de la remontée vers Bellegarde. C’est d’abord le Belge Devenyns qui semble tenir le bon bout, car Voigt ne parvient pas à combler l’écart ; mais voilà que Voeckler déboule et dépasse tout le monde. Le dernier kilomètre est interminable mais le Français résiste finalement de peu au retour de Scarponi.

On est ici dans un vrai suspense long : les trois derniers kilomètres sont interminables, et pourtant ils passent à toute vitesse car les coureurs nous tiennent en haleine. Le duel Devenyns-Voigt est d’abord passionnant, et peu avant la flamme rouge, on ne mise déjà plus grand chose sur les trois autres, qui semblent s’être enterrés. Mais ce faux-plat est terrible, on voit bien que le Belge pioche et que l’Allemand a du mal, et voilà Voeckler qui les déborde en rigolant ! Sauf qu’il faut arriver jusqu’à la ligne, que Sanchez et Scarponi reviennent… L’Italien semble presque avoir le coup de rein suffisant pour revenir dans les cent derniers mètres, mais il échoue à quelques longueurs. Pas fou, Voeckler aura, comme nous, attendu d’avoir franchi la ligne pour être bien sûr de sa victoire et s’autoriser une petite célébration…

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#4 : LBL POUR IGLINSKI

Liège-Bastogne-Liège, la Doyenne, une course de prestige mais aussi le point final de la semaine ardennaise et de toute la campagne de classiques du printemps. Sur les routes belges, la course est animée, mais dans la côte de la Roche aux faucons, un homme semble pouvoir dominer les autres : Vincenzo Nibali. Impressionnant dans la montée, l’Italien s’isole dans la descente et creuse rapidement l’écart. Au pied de la côte de Saint-Nicolas, il a quasiment course gagnée. Pourtant, il commence à piocher. Et derrière lui, Maxim Iglinskiy vole. Le mano a mano est saisissant, mais il y a un kilomètre de trop pour le Squale : le Kazakh le dépose dans la côte de Ans et s’impose en solo.

Comment, en quelques centaines de mètres, peut-on passer de course gagnée à défaite inexorable ? D’avance décisive à dépassement inéluctable ? Ce Liège-Bastogne-Liège 2012 restera comme un cas d’école du cyclisme, la démonstration absolue que l’on n’a pas gagné avant d’avoir franchi la ligne d’arrivée. Longtemps, Vincenzo Nibali semble maîtriser son sujet et s’envoler vers une victoire de gloire. Longtemps aussi, on refuse de croire que Maxim Inglinsky va pouvoir le rattraper malgré la différence flagrante laissée à l’écran par les deux coureurs, sans doute aussi parce que son profil est davantage celui d’un soldat que d’un leader. Dans les faubourgs de Liège, le duel à distance est épique, et quand le Kazakh reprend l’Italien, on a tellement de mal à y croire qu’on se dit que Nibali va peut-être pouvoir s’accrocher jusqu’au dernier virage… Mais le temps d’y penser, il s’est déjà fait décramponner.

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#3 : ADRENALINE SUR LE GIRO...

15e étape du Giro. Valico di Valcava, Forcella di Bura, Culmine di San Pietro et apothéose au sommet du Piani dei Resinelli : la journée est hyper corsée. La veille, Ryder Hesjedal a surpris en reprenant le maillot rose à Cervinia. Cette fois, c’est Joaquin Rodriguez qui démarre à quelques kilomètres de l’arrivée et distance les autres favoris. L’Espagnol fond sur Matteo Rabottini, dernier rescapé de l’échappée du jour, et finit par le reprendre à moins de 500 mètres de la ligne d’arrivée. Mais contre toute attente, l’Italien s’accroche. Résiste aux relances de Purito. Et se permet carrément de lui disputer la victoire au sprint. Mi-surpris, mi-généreux, Rodriguez n’insiste pas : Matteo Rabottini a eu sacrément raison de s’accrocher.

C’est fichu. Ca ne fait pas un pli : Matteo Rabottini va se faire déposer par Joaquin Rodriguez. Ce final est cruel, parce que l’on voit bien que le rêve de l’Italien, qui dure depuis plusieurs heures, va se heurter à la réalité de la bagarre des favoris. Il y a un 400 mètres de trop, et Purito va forcément le laisser sur place. Mais surprise : il réussit à accrocher sa roue. Combien de temps ? On connaît la pointe de vitesse de Rodriguez… Et puis l’Espagnol n’a pas de temps à perdre : il doit creuser sur ses adversaires directs et ne peut donc se permettre d’attendre Rabottini. L’Italien démontre un tempérament énorme et se permet même de sprinter ! Sans bonifs à l’arrivée, Purito ne lui dispute pas vraiment la gagne, mais l’exploit du vainqueur n’en reste pas moins énorme.

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#2 : LE FINAL DE L'AMSTEL GOLD RACE 2012

 

Dimanche 15 avril. Une semaine plus tôt, le chapitre des Flandriennes s’est refermé sur la victoire de Tom Boonen à Paris-Roubaix. Le Belge a assommé les pavés, mais voilà que les Ardennaises se profilent, et la hiérarchie y est bien moins évidente. L’Amstel Gold Race est d’ailleurs parfois le théâtre de grosses surprises. Cette édition pourrait le confirmer : le double tenant du titre, Philippe Gilbert, court après sa forme. Comme souvent, tout se joue dans la montée finale du Cauberg. Première surprise : Oscar Freire l’aborde détaché. L’Espagnol va-t-il enfin remporter la classique néerlandaise ? Deuxième surprise : alors qu’une chute met au sol plusieurs éléments dont Damiano Cunego, Philippe Gilbert démarre à sa poursuite et semble revenir irrésistiblement sur lui ! A-t-il finement calculé son pic de forme ? Finalement non : il se met à coincer et ne reverra jamais Freire. C’est Peter Sagan qui fait la jonction est passe le triple champion du monde. Mais le Slovaque coince en haut, sur le replat. Il est débordé par Jelle Vanendert… lui-même sauté sur la ligne par Enrico Gasparotto !

Il y a beaucoup de choses dans cette arrivée. Du suspense, assurément : le vainqueur potentiel de l’Amstel Gold Race change cinq fois en un 300 mètres, et même deux fois dans les vingt derniers mètres. Un côté dramatique, avec la chute de Cunego & cie, la rage de Vanendert lorsqu’il franchit la ligne, et l’action désespérée de Gilbert. Mais aussi, puisque l’on parle du Belge, une dimension supérieure encore. L’espace de quelques minutes, on croit assister à plusieurs miracles : toujours impuissant sur le Cauberg, Oscar Freire va-t-il enfin s’adjuger l’Amstel Gold Race en attaquant de loin, presque contre nature ? En déroute totale depuis le début de la saison, Philippe Gilbert cachait-il son jeu à ce point là, va-t-il faire le triplé ? Il faut se remettre dans le contexte de l’époque : lorsque le champion de Belgique démarre, c’est quasi surréaliste au vu de sa forme du moment. Mais tous ces fantasmes s’effondrent très vite… et pourtant, ils sont encore trois dans un mouchoir de poche sur la ligne ! Une des plus belles arrivées de la saison 2012.

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#1 : KEISSE A L'ARRACHE...

Avant-veille de la fin du Tour de Turquie, 124 kilomètres entre Kusadasi et Izmir. Le général est plié depuis la victoire du Bulgare Ivaïlo Gabrovski – ensuite contrôlé positif à l’EPO – sur l’étape reine. Membre de l’échappée du jour, Iljo Keisse fait de la résistance et semble presque capable de résister au retour des sprinteurs. Mais voilà que dans le dernier virage, à la flamme rouge, il glisse et tombe. Pire : sa chaîne saute ! En quelques instants, les rêves du Belge, qui n’a jamais gagné chez les pros, s’écroulent. Mais au lieu de paniquer, le coureur d’Omega Pharma – Quick Step remet en place sa chaîne en un rien de temps et repart. Et se lance dans son exercice favori, celui de pistard, alors qu’il peut sentir le souffle du peloton dans sa nuque. Héroïque, il résiste jusqu’au bout, garde deux longueurs sur Marcel Kittel et peut hurler sa joie : c’était son jour.

Quand il a fallu choisir la vidéo la plus haletante, la plus à suspense de la saison 2012, le choix a vite été fait. Même si le Tour de Turquie n’est pas une très grande course, même si Iljo Keise, en dépit de son parcours chaotique, n’est pas franchement un coureur médiatique, ces deux derniers kilomètres vous coupent le souffle à tous les coups, et même à la dixième lecture. Comme lui, sans doute, on est en apnée de sa chute jusqu’à la ligne, halluciné par son sang-froid au moment de remettre sa chaîne en place, sa détermination à foncer jusqu’à la ligne malgré ce terrible coup du sort, et tout simplement l’exploit qu’il réalise sous nos yeux lorsque, au panneau des 50 derniers mètres, on comprend qu’il ne sera plus rejoint. Épique ! Et de quoi y laisser sa voix lorsque l’on est commentateur pour la télévision…

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