Voici un excellent résumé de ce qu'est cette première "grande classique" au calendrier 2013. ( Copyright rtbf.be )

Classique parmi les Classiques, Milan-San Remo fait partie des courses cyclistes de légende. La Classicissima ouvre d'ailleurs au printemps le calendrier des courses prestigieuses d'un jour.

 

Milan-San Remo, Histoire d'une course 

Histoire du parcours

La Primavera se court habituellement le troisième samedi du mois de mars. Entre 1937 et 1981, elle se tenait systématiquement le 19 mars, le jour de la Saint Joseph.
Très long (près de 300 km), son parcours commence par la plaine du Pô, puis propose l'ascension du col du Turchino avant le sprint final, en apnée, comprenant l'ascension de plusieurs capi et la descente vers San Remo. Créé en 1907 par Eugenio Costamagna, directeur de La Gazetta dello Sport, Milan-San Remo a vu au fil des ans plusieurs difficultés nouvelles s'ajouter afin à durcir la course : le Poggio en 1960, la Cipressa en 1982 et la côte des Manie en 2008.
Trois éditions ont été annulées pour cause de guerre en 1916, 1944 et 1945.

  • Les difficultés

Le Passo del Turchino

Le sommet du Turchino

Le sommet du Turchino -

Situé entre les villes de Masone et Mele (Liguries), le Passo del Truchino, culminant à 532 mètres, est la difficulté la plus imposante de Milan-San Remo. Décisif dans 14 des 39 premières éditions de la course, il ne l'est plus actuellement car placé à plus de 150 kilomètres de la ligne d'arrivée. Plus aucun coureur depuis 1946 n'est passé en tête de la difficulté et a remporté la course ensuite.
Le peloton ne l'a pas emprunté en 2001 et 2002, à cause des conditions météos.

La Manie

La Manie a été introduite en 2008. Elle est située à un petite centaine de kilomètres de l'arrivée. Longue de 4,7 kilomètres, elle possède des dénivellations de 5 à 9 %. Comme toutes les autres difficultés de la course, son ascension est combinée à une descente rapide, technique et dangereuse, qui peut faire la différence. Il faut donc être autant attentif en montant, qu'en descendant.

La Cipressa

Après avoir monté les Capi Mele, Cervo et Berta, les coureurs affrontent la Cipressa. Longue de 6 kilomètres, c'est l'avant-dernière difficulté de la course. Elle propose une ascension de 233 mètres de dénivelé, avec un pourcentage moyen de 3,9%.
La Cipressa a été ajoutée en 1982. Située à 22 kilomètres de l'arrivée, la difficulté peut jouer un rôle déterminant. C'est surtout le lieu à partir duquel il ne faut plus jamais perdre le contact avec les premières places du peloton.

Le Poggio di Sanremo

Sa dénivellation moyenne n'excède pas 5 %. Ce n'est pas énorme mais il vient au bout de 290 kilomètres de course et dans un enchainement de difficultés.
Après une montée longue de 3,7 kilomètres, la descente, sinueuse, propose une 23 virages et 7 épingles sur 3 kilomètres, avant, selon la fluctuation des itinéraires, les 2,5 à 4 kilomètres finaux.

  • Le changement d'arrivée

Depuis 2008 la ligne d'arrivée a été déplacée parce que la Via Roma est devenue un piétonnier. Le peloton arrive maintenant sur le Lungomare Italo Calvino, soit 6,2 kilomètres après le sommet du Poggio, soit une distance 500 mètres plus loin que la Via Roma.

Les vainqueurs de légende

Ils sont plusieurs à avoir remporté Milan-San Remo à plusieurs reprises. Parmi ceux-ci, on peut épingler: Costante Girardengo (1918, 1921, 1923, 1925, 1926, 1928), Alfredo Binda (1929, 31), Gino Bartali (1939, 40, 47, 50), Fausto Coppi (1946, 48, 49), Eddy Merckx (1966, 67, 69, 71, 72, 75, 76), Roger De Vlaeminck (1973, 78, 79), Sean Kelly (1986, 92), Laurent Fignon (1988, 89), Erik Zabel (1997, 98, 2000, 2001) et Oscar Freire (2004, 2007, 2010)

Au classement par nation, l'Italie mène logiquement, devant la Belgique et la France:
Italie: 50 victoires
Belgique: 20 victoires
France: 12 victoires
Allemagne: 5 victoires
Espagne: 5 victoires (Trois pour Freire, deux pour Poblet)
Pays-Bas: 3 victoires
Grande-Bretagne, Eire, Suisse et Australie: 2 victoires

Les éditions d'anthologie

Milan-Sanremo 1910 - Le podium méritait 4 marches

Eugène Christophe

Eugène Christophe - letemps.ch

Le 3 avril 1910, Milan-San Remo se dispute dans des conditions météorologiques dantesques. Le Passo del Turchino est recouvert par 20 centimètres de neige! Sur les 71 engagés présents au départ, seuls 4 rallieront l'arrivée, dont Eugène Christophe, le vainqueur. Arrivé à 18h, les membres littéralement gelés, il est transporté directement à l'hôpital où il reste un mois. Sa convalescence se prolongera jusqu'à l'automne suivant.
Il devance d'une heure le deuxième, Giovanni Cocchi. Giovanni Machese clôture le podium, devant Enrico Sala, dernier classé. Trois autres coureurs ont aussi terminé la course, mais sans être classés: Luigi Ganna, Piero Lampaggi et Sante Goi.

Milan-Sanremo 1946 - Les 140 kilomètres d'échappée de Fausto Coppi

L'arrivée de Coppi à San Remo

L'arrivée de Coppi à San Remo - Gazzetta.it

Le 19 mars 1946, Fausto Coppi s'octroie une victoire historique dans la Primavera, au terme d'une échappée solitaire de 140 km. Le Campionissimo s'extrait du peloton dans le Turchino avec un groupe de huit hommes. Parmi eux se trouvent notamment le Français Lucien Teisseire.
Dès les premiers lacets du col, Coppi se débarrasse un à un de ses comparses d'échappée, à l'exception du Français, qui lâchera en dernier, peu avant le sommet. Il ne le reverra plus.
Hésitant sur la suite des opérations, Coppi décide de se lancer tête baissée dans son échappée au long cours et termine avec 14 minutes d'avance sur Teisseire. l'Italien Mario Ricci complète le podium.

Milan-Sanremo 1966 - Un jeune Belge écrit son histoire

Le 20 mars 1966, un joueur coureur belge, évoluant pour l'équipe Peugeot, roule son premier Milan-San Remo. Agé de 20 ans, ce coureur est annoncé comme un talent plus que prometteur. Il a déjà à son actif un titre de champion de Monde amateur et 84 succès chez les amateurs. Son nom: Eddy Merckx.
C'est la première fois qu'il dispute une course aussi longue et parvient à tenir la distance avec le peloton jusqu'au pied du Poggio. Le groupe étant encore trop volumineux, Eddy se met devant et écrème le groupe des rescapés. Si bien que le groupe de tête se présente sur la Via Roma sans réel favori. Eddy Merckx se charge de régler ses derniers opposants au sprint. Il devance Van Springel et s'offre sa première victoire sur Milan-San Remo, la plus belle de toute confie-t-il.

Milan-Sanremo 1969 - Merckx sème la moto de la RAI

La forme physique d'Eddy Merckx est exceptionnelle en ce 19 mars 1969. Il vient de remporter Paris-Nice et fait partie, avec ses deux victoires sur la course, d'épouvantail. Pourtant, il n'arrive pas à faire la différence dans le Poggio mais à 100 mètres du sommet, il place une dernière cartouche. Il enchaine avec une descente vertigineuse. "J'ai descendu comme un dingue" concède-t-il. "Je connaissais les virages par cœur." Si bien que la moto de la RAI n'arrive pas à suivre son rythme dans la descente vers Sanremo! Le Cannibale s'impose avec 12 secondes d'avance sur le peloton, réglé par Roger De Vlaeminck.

Milan-Sanremo 1977 - Les Dieux se regardent, Raas en profite

Septuple vainqueur de la course, Eddy Merckx est logiquement ultra favori le 19 mars 1977 au départ à Milan. Tout comme l'Italien Francesco Moser. Le natif du Trentin peut comme le Cannibale compter sur une équipe solide pour l'emmener dans un fauteuil jusqu'aux Capi de fin de course. La tension est si forte entre les deux équipes qu'aucune n'ose réellement attaquer. les coureurs se jaugent, se regardent, s'observent, discutent mais personne n'attaque. Devant, 4 hommes ont une légère avance:  Cees Priem, Marcello Osler, Guiseppe Perletto et Roland Salm.


Un homme sent la bonne affaire et profite de la rivalité: Jan Raas, le Champion des Pays-Bas. Il est pourtant fatigué. Freiné par une chute dans le Turchino, il a engagé une poursuite derrière le peloton pendant 32 kilomètres avant de faire la jonction. Dans le Poggio, il suit le jeune  Giuseppe Sarroni, qui place une attaque. Il l'accompagne et rejoint les hommes de tête dans la fin de l'ascension. Raas ne se relâche pas et en remet une couche en toute fin de montée. Il passe avec 20 mètres d'avance sur les échappés. Seul Guiseppe Perletto lui a embrayé le pas, mais n'arrive pas le rejoindre. Raas résiste aux poursuivants et au retour du peloton. Il remporte une improbable victoire. Derrière lui, le top 10 est entièrement belgo-italien. Les deux favoris terminent dans les profondeurs du classement: Francesco Moser est 35ème, Eddy Merckx 96ème.

Milan-Sanremo 1981 - La dernière victoire d'un Belge de souche

Avec son allure très soignée, Fons de Wolf peut être considéré comme le plus Italien des Belges. Il faut dire que ses victoires dans la Botte ont participé à sa réputation en Italie et à le faire aimer le pays transalpin. Vainqueur notamment du Tour de Lombardie en 1980, il enchaine l'année suivante avec une victoire sur la Primavera.

Ce 21 mars 1981, tout se décide dans le Poggio. Le Belge Jean-Luc Vandenbroucke attaque et est vite rejoint par un petit groupe, dans lequel se trouve Fons De Wolf. Le natif de Willebroek a bien vu que cet effort a obligé les autres coureurs à puiser dans leurs réserves et décide d'en remettre une couche.
Seul Silvano Contini le suit à une dizaine de mètre, juste devant le peloton, mais l'Italien et ne parvient pas à le rejoindre, malgré les qualités limitées du Belge en descente.

Milan-Sanremo 1992 - La descente à tombeau ouvert de Sean Kelly

Le 21 mars 1992, Sean Kelly brise les rêves de toute une nation: l'Italie. Un homme est ultra-favori. Il court à domicile et possède la plus belle équipe au départ de la Primavera. Il s'agit de Moreno Argentin. Extrêmement bien préparé, via une superbe prestation générale lors de Tirreno Adriatico, il charge ses équipiers de cadenasser la course jusqu'au Poggio. Dans la montée de la dernière difficulté de la course, Moreno Argentin fait exploser le peloton. Il attaque à plusieurs reprises et décramponne un à un ses adversaires, de Jalabert à Van de Laer en passant par Rooks. Il arrive avec 10 secondes d'avance à la cabine téléphonique, excellent signe vu que l'arrivée est jugée sur le Corso Cavalotti, juste après la descente.
C'est sans compter sur Sean Kelly, qui effectue une descente à tombeau ouvert et rattrape l'Italien sous la flamme rouge avant de le déborder dans le sprint final. L'Irlandais inscrit son nom pour la deuxième fois au palmarès de l'épreuve, Argentin, lui, laisse passer sa plus belle chance d'accrocher la course à son tableau de chasse.

Milan-Sanremo 1999 - Tchmil au nez et à la barbe du peloton

Le 20 mars 1999, deux hommes, Cerezo Di renzo et Robert Hunter, animent la course. Echappés pendant 209 kilomètres, ils sont repris à 40 kilomètres du but. Plusieurs favoris tentent leur chance dans les dernières difficultés: Marco Pantani et Michele Bartoli dans la Cipressa, Gabriele Colombo dans le Poggio. L'Italien passe la cabine téléphonique avec 7 secondes d'avance et est rejoint dans la descente par Beat Zberg. Les deux hommes vont y croire jusqu'au regroupement général, à 600 mètres du but. Le double tenant du titre, Erik Zabel se retrouve dans un fauteuil et voit s'ouvrir devant lui la route pour un troisième succès de rang, ce qu'aucun cycliste n'a réussi.
C'est sans compter sur Andreï Tchmil. Le Belge place une attaque dès le regroupement et résiste au peloton. Il offre à la Belgique ce qui reste la dernière victoire belge sur la Primavera.

Milan-Sanremo 2004 - Erik Zabel y croit trop vite

En football, on dit habituellement qu'un match n'est jamais fini avant le coup de sifflet final. Cette évidence, Erik Zabel aurait du la garder dans un coin de la tête. Comme chaque année depuis 1997 - à l'exception notoire de la victoire de Tchmil en 1999 - la Primavera va se livrer à un sprinteur. Au terme de l'emballage final, le quadruple lauréat de l'épreuve Erik Zabel pense qu'une nouvelle ligne va s'ajouter à son palmarès déjà immense. L'Allemand domine la meute et à quelques mètres de l'arrivée, juge son avance suffisante. Il lève les bras mais se fait sauter sur la ligne in extremis par l'Espagnol Oscar Freire, qui remporte la Clacissima pour la première fois. Il inscrira encore son nom à l'épreuve en 2007 et 2010.

Milan-Sanremo 2009 - Sprint: Deux titans seuls au monde

Le 21 mars 2009, Mark Cavendish remporte la 100ème édition de la Primavera en devançant dans un sprint d'anthologie l'Allemand Heinrich Haussler. Les deux hommes, seuls au monde, largement devant le peloton, seront départagés à la photo finish. A 22 ans, Mark Cavendish remporte sa première grande classique, pour sa première participation à la Classicissima.

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